
La saison 1986-1987 (cf épisode 2) fut grandiose, pleine d’émotions. L’élimination du Naples de Maradona, un 16e de finale contre le Spartak Moscou, et même une 3e place qui vient clôturer une saison plus que réussit.
Le club se retrouve propulsé dans une autre dimension ! Le TFC ne cesse de grandir, et les attentes également. Il se doit de confirmer les espoirs autour de son nouveau statut : celui de club européen. Car pour la deuxième fois consécutive, Toulouse participe à la coupe UEFA. Seule différence ?
Il n’est plus le petit poucet qui découvre l’Europe, mais désormais celui qui a fait tomber Maradona. Les attentes pour la saison 1987 sont alors gigantesques.
Surtout que l’équipe change peu. Quelques départs, comme celui du défenseur Jean Jacques Marx après cinq saisons en terre toulousaine (173 matchs)
Mais le mercato est surtout marqué par l’arrivée d’un attaquant emblématique du football français du fait de son passage à Saint-Étienne et de son rôle dans l’équipe de France des années 80 (victoire à l’Euro 1984 et deux fois demi-finaliste des Coupe du monde 1982 et 1986) : Dominique Rocheteau.

Avec un effectif aussi complet, on est en droit de rêver ! En début de saison, l’entraîneur Jacques Santini peut même se permettre de laisser sur le banc certains joueurs.
Lors de la deuxième journée de championnat (TFC- Laval), il ne titularise pas Dominique Rocheteau, remplacé par Eric Bellus. Un choix d’autant plus surprenant que celui que l’on surnomme « L’Ange vert » est l’auteur du premier but de la saison (J1 TFC 3-1 Montpellier).
Rebelote au Parc des Princes, où cette fois Rocheteau et Bellus sont préférés à Yannick Stopyra.
L’Europe oubliée…
Le 16 septembre 1987, les Toulousains accueillent donc au Stadium, pour les 32e de finale, les Grecs du Panionios Athènes.
Un adversaire en théorie à sa portée. Car bien qu’il soit le plus ancien club de Grèce (1890), il est loin d’être le meilleur de la capitale et du championnat.
Ses voisins athéniens ont, alors l’habitude de rafler les titres à sa place : le Panathinaïkos, le AEK Athènes, et l’Olympiakos. Rien n’est laissé au Panionios.
Cependant le club athénien obtient sa qualification avec une 4e place au championnat.
Mais la mérite-t-elle vraiment? Pas certain… Il la doit avant tout à… une grève des clubs. En effet, 12 des 16 équipes du championnat refusèrent de jouer les trois dernières journées. 4 d’entre elles, dont le Panionios, profitèrent donc de la situation, en remportant leurs matchs sur tapis vert.
Celles-ci finiront ainsi aux quatre premières places du championnat.Un sacré coup de boost !
Mais l’équipe athénienne a tout de même dans ses rangs quelques bons joueurs. Tout d’abord, la « star » grecque Thomas Mavros, milieu de terrain de 34 ans, qui après une belle carrière à l’AEK Athènes, revient dans son club formateur. Un joueur qui peut s’avérer dangereux pour son expérience européenne et internationale mais surtout pour sa capacité à marquer des buts.
C’est tout simplement le meilleur buteur de l’histoire du championnat de Grèce (260 buts en 501 matchs). Pour l’accompagner, le buteur yougoslave Juricic.
Sur le papier, les Toulousains sont les grands favoris : expérience européenne, effectif complet. Toulouse voit revenir Passi et Bergeroo de blessures. 2 joueurs essentiels lors de l’édition précédente : Bergeroo avec le penalty arrêté de Maradona, et Passi avec son triplé contre le Spartak Moscou. En championnat, Toulouse remporte son dernier match contre Brest. De quoi être pleinement confiant ? Pas vraiment…
Car le club stagne à une simple huitième place de D1, loin des espérances du début de saison. Les fréquents changements de composition , cumulés à de mauvais résultats, suscitent des désaccords au sein de l’effectif.
Stopyra n’est pas satisfait de voir sa position de titulaire remise en cause. Jacques Santini tente d’apaiser les tensions : « Ni Stopyra, Ni Rocheteau ne sont des jokers. Il est des matchs où il convient de jouer à trois attaquants, d’autres à deux. » Mais la fracture semble être installée. A la fin de la saison, Stopyra quittera le club frustré de sa position…
Et le jeu dans tout ça? Il est également limite. A Brest, la sortie de Marcico à la 55e minute, révèle des défaillances : nu jeu haché, décousu, avec des difficultés à conserver le ballon. Pour Bernard Maligorne entraîneur de Brest, les Toulousains ont montré deux visages : un pressing important au départ, qui s’éteint à la sortie de Marcico.
Avant cela, le TFC avait également subi une lourde défaite à Monaco (5-1), ainsi qu’à Lille (2-0).
Malgré tout, ce 32e de finale ne crée guère d’inquiétudes. Plus en raison du peu de crédit accordé à la formation grecque, que par une véritable confiance qui dégage du jeu toulousain…
Et nos Violets surclassent leur adversaire avec une victoire écrasante dans un Stadium bouillant. Ils balaient facilement les grecs : victoire 5-1, un festival de buts de Passi (7e minute), Stopyra (26e), Rocheteau (48e) et un doublé de Marcico (53e et 88e). Un constat de la des individualités toulousaines, pour l’entraîneur du Panionios Urban Braems.

Le match retour apparaît alors comme une formalité. L’histoire le démontre : seulement 3 équipes ont remonté un tel score en coupe d’Europe.
Mais Toulouse se devra de gérer son match. Car s’il y a bien une leçon que les toulousains doivent retenir de leurs campagnes précédentes, c’est qu’une large victoire à l’aller n’est pas synonyme de qualification.
Les hommes de Jacques Santini gèrent bien leur avance et concluent même avec une victoire (1-0) offerte par Dominique Rocheteau à la 57e. Une victoire logique malgré quelques frayeurs. Bergeroo en sauveur, élimine tout espoir des athéniens : 25e, il arrête un penalty, 63e un tir de 15 mètres de Karamihalos , et 81e une tête de l’attaquant du Panionios grâce à une manchette réflexe.
Toulouse est qualifié et encore dans la course !

« Un aveugle contre un paralytique »
Lors des 16e de finale, le Toulouse FC rencontre l’équipe prometteuse du Bayer Leverkusen, qui participe à la deuxième compétition européenne de son histoire, et cela en seulement deux ans. Une dynamique semblable à nos Toulousains.
Mais les deux équipes sont dans une situation difficile à l’échelle nationale. Les allemands ne sont que 10e du championnat. Leur problème : marquer des buts. Leur attaque n’est que la 16e de Bundesliga.
Nos « Violets » sont eux 14e de D1 avec une mauvaise dynamique (1 seul victoire sur les 5 derniers matchs). Outre les mauvais résultats, Jacques Santini ne pourra compter sur ses « cadres » pour le match aller. Gérald Passi, Durand, Marcico, Bellus et Casini sont indisponibles. La tache apparaît donc ardue ! L’entraîneur va donc les remplacer par les jeunes du club : Michel Pavon (19 ans), l’international espoir Assadourian (21 ans) et le prometteur Michaël Debève, qui n’a que 16 ans lorsqu’il est titularisée pour la première fois en coupe d’Europe.
Pour La Dépêche du midi, le match à venir oppose « un aveugle contre un paralytique ». Des allemands incapables de cadrer un tir, contre des toulousains paralysés par ses absents. Les termes sont dits…

Les Compositions :
Toulouse FC : Bergeroo – Ruty, Tarantini, Lestage, Tihy (Espanol, 56e) – Paillard, Despeyroux, Pavon, Debève – Rocheteau (Assadourian, 76e), Stopyra. Entraîneur : Jacques Santini
Bayer Leverkusen : Vollborn- Sekler (Zanter, 21e), Goetz, Hoerster, Zechel – Rolff, Buncol, Falkemmayer, Hausmann – Cha Bum, Schreier. Entraîneur : Erich Ribbeck
Mais cette inexpérience jouera en défaveur des toulousains, qui ne repartent qu’avec le nul (1-1), malgré leurs nombreuses occasions. Un nul arraché sur un penalty de Tarantini.
En l’absence de Marcico et Passi, on a sauté les lignes et fait beaucoup de centres aériens. C’est l’aveu d’une certaine forme d’impuissance…
Yannick Stopyra décrit assez clairement le déroulé du match
Un match nul qui apparaît même comme un exploit au vu des discours d’après match.
Ils sont forts ces Allemands
Déclarera le jeune Debève.
Ils sortaient de partout et s’infiltraient dans tous les sens. J’ai été surpris par leur solidarité pour se regrouper dès qu’il y avait du danger.
Lestage partage également ce sentiment exprimé par Michaël Debève
.Le journaliste allemand M. Linnhoff décrit le Bayer Leverkusen comme « plus agressif », tandis que les toulousains « n’arrivent pas à construire du jeu au milieu de terrain ». « Les ouvertures continuelles de Tarantini sur Stopyra ne sont pas efficaces. Marcico et Passi manquent vraiment ».
Le constat est sans appel : il faudra redoubler d’efforts pour espérer s’imposer en terre germanique.

Au match retour, l’équipe est une nouvelle fois réduite. Malgré tout les « Violets » vont réaliser une belle performance avant de voir la qualification s’éloigner à la 80e sur un but de Christian Schreier (0-1).
Malgré ça les toulousains persistent. A la dernière minute, une tête de Tarantini fait frissonner le stade. Mais en vain… Le T.F.C est éliminé… par le futur vainqueur de la compétition.
Tout comme la saison précédente, on se dit que l’on aurait pu aller plus loin. Que l’on méritait plus. Que la qualification s’est jouée à pas grand-chose.
Et si il n’y avait eu pas autant de blessés ? Peut- être trop d’attentes autour de cette année ? Tant de questionnements qui s’amplifient avec la disette européenne qui attend les supporters toulousains.
Car le TFC termine seulement à la 13e place. Les Violets voient alors l’Europe s’évaporer après deux saisons à y avoir goûté, à s’y être habitué.. Débute alors une longue descente. Si longue que l’on en oublie même que le club fut européen.
Cette année 1987 n’est que le signe du début d’une période difficile. Alors comme un cauchemar, on cherche à l’oublier. On cristallise l’Europe autour de l’élimination de Maradona, symbole de réussite du club. Cette année 1986 si mémorable pour sa saveur si particulière, inédite voire peut-être insouciante. Un sentiment perdu en 1987.
Et les plus jeunes, qui n’ont pas eu la chance de vibrer des exploits de Passi, Marcico et Tarantini, se contentent désormais d’écouter leurs aïeux.
Écoutent l’histoire d’un club qui n’a rien à voir avec celle qu’ils vont voir chaque week-end. Et cela commence à faire long. Alors arrive l’année 2007.
Une saison qui apparaît comme une libération. Une nouvelle génération va (enfin) pouvoir connaître son moment d’Europe ! Aux idoles des parents se substituent les Elmander, Emana, Siriex des enfants.
Après avoir sombré en nationale, le club redonne à ses supporters, une compétition européenne. Et pas n’importe laquelle. La Ligue des Champions !
Prochain épisode : 2007- Renaissance- #4 Le Téfécé et l’Europe





















































