Renaissance :
1957 et la victoire en coupe de France, 1986 et le succès face au Naples de Maradona au 1er tour de la coupe UEFA, 2007 et cette qualification pour le 3e tour préliminaire de la Ligue des Champions face à Liverpool
Voilà comment l’entraîneur toulousain Elie Baup refait l’histoire du club en seulement trois dates.
Et il n’est pas le seul à ressentir que 2007 s’apprête à devenir un moment dont on se vantera de dire, “J’y étais”. Les supporters le partagent également. A l’aube de la saison, 7900 supporters souscrivent à un abonnement, contre 6500 l’année précédente, soit une hausse de 21%!
Les raisons de ce sentiment? Tout d’abord le club participe pour la première fois à la plus grande des compétitions: la ligue des champions… Ou plutôt son troisième tour préliminaire. Cela a de quoi ramener du monde au Stadium!
Cependant, l’engouement est surtout le fruit d’un mouvement de renaissance du club qui débute dès les années 2000. Car depuis la dernière participation européenne en 1987, les saisons du Tef ne sont pas glorieuses… Durant vingt longues années, le club stagne en milieu, voire fin de tableau.
La meilleure place obtenue n’est qu’une petite 9e position lors de la saison 1989-1990. Toulouse descendra même en D2 à l’issue de la saison 1993-1994, et cela pour trois ans.
Le club va ensuite faire l’ascenseur entre les deux divisions… Mais le drame survint au changement de millénaire. Le club qui vient juste de retrouver la D1 pour débuter les années 2000, descend immédiatement à l’issue de la saison. Mais si ce n’était que ça… La DNCG décide de rétrograder le club d’une division supplémentaire, soit… en National.
Toulouse est alors sous la pression de perdre son statut de professionnel ainsi que son centre de formation. Il dispose seulement d’un délai de 2 saisons pour remonter en D2.
Devant cet impératif, le TFC est repris par un jeune entrepreneur toulousain: Olivier Sadran. En s’appuyant sur son centre de formation, Toulouse parvient rapidement à remonter. Dès la première année, il rejoint la Ligue 2, puis y finit champion la saison suivante.
Arrivé en L1, Sadran stabilise le club dans l’élite du football, une tâche qui était bien difficile lors de la décennie précédente. Et tel un cadeau de cette renaissance, Toulouse termine 3e de L1 lors de la dernière journée de championnat (2006-2007).
Une victoire anthologique 3-1 contre le rival bordelais, qui offre un podium, 20 ans après l’avoir quitté, et une première qualification au tour préliminaire de la Ligue des Champions.


Mais comme on le dit souvent, dans un voyage ce n’est pas tant la destination qui compte, mais plutôt le chemin parcouru pour y parvenir. Et cette participation européenne a d’autant plus de saveurs, lorsque l’on sait qu’elle s’inscrit dans une période de renaissance. Et qu’elle n’est finalement qu’une récompense d’un long parcours sinueux et parsemé d’obstacles.
Une pente trop reds
Le vendredi 3 août 2007, le Téfécé découvre son adversaire du 3e tour préliminaire de la Ligue des Champions : Liverpool. Une équipe que l’entraîneur toulousain Élie Baup voulait rencontrer.
Moi, je veux tomber contre un très gros pour que ce tour préliminaire soit un évènement. Liverpool, le dernier finaliste, ce serait très bien.
Affirmait Élie Baup la veille du tirage au sort.
Le TFC, qui découvre tout juste cette compétition, se frotte alors à un quintuple vainqueur de l’épreuve (dernière fois en 2005) et finaliste de la précédente édition. Une sacrée montagne à surmonter !

En bas de g. à d.: Paulo César – Dieuze – Sirieix – Fofana
D’autant plus que la pré-saison des Violets est agitée. Tout d’abord les blessures. Avant son match aller du 15 août, le Téfécé compte de nombreux absents: Dominique Arribagé, artisan majeur de l’équipe l’année précédente, s’est fait une entorse au genou ; le défenseur Daniel Congré, est lui blessé à l’épaule.
Elie Baup devra donc faire avec une charnière centrale complètement remaniée. A cela s’ajoute le départ du défenseur Lucien Aubey, et la convoitise de certains clubs vis-à-vis des « stars toulousaines », le suédois Johan Elmander et le camerounais Achille Emana.

A deux semaines du match aller, les Violets disputent leur première rencontre de championnat, qu’ils perdent 3-1 contre Valenciennes. Johan Elmander, l’attaquant phare de l’équipe, sort sur blessure. Pas de quoi rassurer les supporters, à quelques jours d’une échéance qui se veut historique…
Malgré tout, quelques nouvelles sont rassurantes. Pour commencer les recrues. Le Tef a en effet renforcé son effectif, avec l’arrivée des défenseurs Jönsson, Cetto (Nantes), Ilunga (Saint-Étienne), ainsi que du très convoité…André-Pierre Gignac (Lorient). A noter également, l’émergence de Moussa Sissoko, jeune du centre de formation qui fait ses débuts en professionnel en juin 2007 à seulement 17 ans.
Puis à l’occasion de la deuxième journée de championnat, le club de la ville rose se remet dans le droit chemin en battant 1-0 face à Lyon, détenteur du titre de champion de France. Une performance rassurante à trois jours de la confrontation, avec un Elmander buteur, et un Sissoko plein de réussite.
Mais ce qui compte réellement c’est le match du mercredi. Peu importe les résultats précédents, peu importe les absences, et peu importe le favori. L’important c’est d’être le meilleur à ce moment-là. D’être le plus performant, cet après-midi d’août 2007…
15 août 2007, 16h30, le match est lancé par l’arbitre central, sous un grand cagnard et un stadium dépassant les 30 000 supporters, l’ambiance est au rendez-vous. En témoignent les tifos réalisés par les groupes de supporters.

On peut y lire sur la page de gauche « Le 1er octobre 1986, Toulouse élimine Napoli et Diego Maradona, 4-3 aux tirs au but, dans un Stadium comble et ivre de joie. »
Sur la page de droite, une longue plume blanche avec comme sous titre – non visible ici- « A vous d’écrire l’histoire ».

On peut y voir une manette de jeux vidéo avec comme sous titre « Pour commencer la partie, appuyez sur start. »
Au parchemin, réalisé par les Indians Tolosa, symbole du livre d’or du club toulousain, se répond à l’ouest, la manette de jeux vidéo réalisée par les Sharks 31. Un frisson parcourt les tribunes du stadium au simple son de l’hymne de la Ligue des Champions. Le coup de sifflet retentit.
Les Compositions :
Toulouse : Douchez- Ebondo (Sissoko, 83e), Cetto, Fofana, Mathieu – Dieuze (cap.), Emana , Siriex – Paulo César ( André-Pierre Gignac, 70e), Bergougnoux (Mansaré, 46e), Elmander. Entraîneur : Élie Baup.
Liverpool : Reina- Finnan, Carragher, Hyppia, Arbeloa – Beyanoun (Riise, 59e), Mascherano, Gerrard (cap.) (Sissoko, 64e), Babel – Voronin (Fernando Torres, 77e), Crouch. Entraîneur : Rafa Benitez.
Le match démarre fort. Dès la 3e minute de jeu, Gerrard dispose d’un coup franc à 25m qui frôle la cage toulousaine. Mais les Violets ont du mal à être efficaces dans cette entame de match. Il faut attendre la 20e minute pour voir leur premier tir. Alors que la rencontre s’équilibre, Voronin en décide autrement. A la 43e l’Ukrainien décroche une frappe qui vient se positionner sous la barre du portier toulousain. Liverpool mène 1-0.
Et malgré les efforts toulousains, le score en reste ainsi. Toulouse a la lourde tâche d’aller à Anfield avec un désavantage. Certes le retard paraît réduit, mais les statistiques ne mentent pas. Seul 9% des équipes se sont qualifiées après avoir perdu 1-0 au match aller. Pire encore, aucune équipe française ne s’est imposée à Anfield. La qualification s’annonce alors presque impossible.
Mais le discours du vestiaire toulousain est lui tout autre.
Honnêtement tout reste jouable
Les mots de Nicolas Douchez
0-0 aurait été un score plus logique, mais il y’a eu ce but magnifique qui fait mal… Nous sommes déçus. On a conscience de ce qui nous attend à Anfield. Ce sera très compliqué. Mais sait-on jamais…
Déclarera Nicolas Dieuze
Mais les Reds en décident autrement. Dans l’enfer d’Anfield, Liverpool démontre sa supériorité. Victoire écrasante 4-0.
Pour une première en Ligue des champions, l’adversaire était trop grand pour Toulouse. Cette année là Liverpool finira 4e de Premier League et atteindra les demi-finales de Ldc. Preuve que l’adversaire était d’une autre dimension, même si Toulouse a tenu tête notamment au match aller.
On a tenté, on a essayé. Mais c’est très lourd. On n’a peut être pas le niveau.”
Mauro Cetto abattu par l’ampleur de la défaite.
Naufrage dans la ville rose :
Ce qui est sûr, c’est que la Ligue des Champions prend fin pour Toulouse… Mais pas l’Europe! Les Violets ont encore l’occasion de se rattraper. Pour espérer être repêché en Coupe de l’UEFA, ils se doivent de battre le CSKA Sofia en barrage.
Ce qu’ils parviendront à faire mais pas dans la sérénité. Malgré un premier match au Stadium, qui se solde par un 0-0, Toulouse se rend en Bulgarie avec l’espoir de la qualification.
Mais le match ne débute pas comme on pouvait l’espérer. A commencer par un refus de penalty sur une faute évidente de Lanzaat sur Elmander (65e). L’action se poursuit, et cette fois l’arbitre indique le point de penalty pour une faute elle aussi évidente d’Ebondo sur Dimitrov. Nei transforme le penalty (66e). Qualification provisoire du CSKA Sofia… Le temps passe, et rien ne change, mis à part une inquiétude grandissante. Et c’est là qu’après 6 minutes de temps additionnels, André Pierre-Gignac délivre les Toulousains d’une magnifique tête. Toulouse outragé! Toulouse brisé! Toulouse martyrisé! mais Toulouse libéré!

Grâce à ce nul avec l’avantage du but à l’extérieur, Toulouse bascule en phase de groupe de la coupe UEFA.
4 nouveaux adversaires européens s’offrent à lui: Le Bayer Leverkusen, le Spartak Moscou, le FC Zurich et le Sparta Prague. Rien ne vous surprend ici? Et bien oui, Toulouse a l’honneur de se confronter à nouveau aux deux clubs qui l’ont éliminé lors des éditions précédentes, soit le Spartak Moscou en 1986, et le Bayer Leverkusen en 1987. Sacré hasard!
Mais la suite n’est pas aussi amusante… Un maître mot pour décrire l’ensemble des rencontres: déception.
Toulouse finit dernier de son groupe, avec seulement 3 petits points obtenus lors de la dernière rencontre. La désillusion est terrible. Pour commencer la compétition, une défaite 1-0 en déplacement contre le Bayer Leverkusen.
Les occasions étaient présentes, mais malheureusement trop de maladresses dans le jeu toulousain. L’absence d’Elmander, touché aux adducteurs, manque cruellement à l’attaque des Violets.

Pour le deuxième match, le Sparta Prague vient au Stadium. Cette fois présence de Johan Elmander, mais aussi de Dominique Arribagé, blessé de longue date depuis le 20 juillet, qui découvre donc la compétition européenne. Mais rien n’y change.
Défaite 2-3. Le TFC avait pourtant ouvert le score à la 14e minute (Elmander). Mais encore une fois Toulouse s’est sabordé, en encaissant deux buts à la volée (67e puis 68e). Et malgré une égalisation par Mansaré à la 80e, le Sparta en voulait plus et marque à nouveau à la 88e. Comme un symbole de cette défaite sportive, le stade se retrouve vide. Seulement 8 500 supporters sont venus assister à cette nouvelle désillusion…

Alors que Toulouse s’apprête à affronter le FC Zurich, un 29 novembre, le constat est inquiétant. Les Violets n’ont plus gagné depuis le 7 octobre. Pire encore, la dernière victoire européenne de Toulouse remonte à …vingt ans: 30 septembre 1987 (TFC 1-0 Panionios). Mais le match n’y changera rien, et Toulouse continue de s’enfoncer. Défaite 2-0. C’est désormais officiel, le TFC n’a plus rien à jouer.

Le match contre le Spartak Moscou n’a alors que très peu d’enjeu…, mis à part peut être sauver l’honneur. Et c’est là, quand on n’attend plus rien de Toulouse, qu’il montre un meilleur visage. Victoire 2-1 devant près de 14 000 supporters toulousains.

Certes la performance sportive n’est pas glorieuse. Une élimination de la Ldc par Liverpool et une dernière place du groupe en coupe de l’UEFA.
Avec à la clé une seule petite victoire lors de la dernière confrontation. Mais cela est à l’image de la saison en championnat. Toulouse termine 17e à deux points du premier relégué, grâce à une victoire lors de la dernière journée.
La faute à un effectif incomplet pour l’Europe? Une accumulation de blessures? Trop de matchs? La question reste en suspens. Mais là n’est finalement pas le plus important. Ce que l’on peut retenir de cette participation, c’est l’empreinte qu’elle laisse dans l’esprit des supporters.
Une génération entière a connu son moment européen, et cela n’a pas de prix. Une partie de l’amour des supporters vis-à-vis du club provient de cette période. Une attache vis-à-vis de certains joueurs, le souvenir mémorable du match, il suffit de pas grand chose pour en tomber amoureux. Pour certains c’était 1986, Naples, Marcico et Tarantini, pour d’autres c’est désormais 2007, Liverpool, Elmander et Emana. Mais qui ont en commun d’avoir participé à redonner des couleurs au club, à le faire sortir de ses années sombres. Et tout simplement permis de rêver.
Prochain et Dernier Épisode : 2009