Le TÉFÉCÉ ET L’EUROPE #2 : 1986.

De gauche à droite : Alberto Tarantini – Diego Maradona – Beto Marcico

Retrouvons notre club là où nous l’avons laissé…en 1970.

Toulouse redécouvre alors le football de haut niveau sous l’impulsion de Lilian Buzzichelli, qui fonde l’Union Sportive Toulouse (renommé en 1979 le Toulouse FC).

Mais cette renaissance s’accompagne d’une longue période à stagner en deuxième division du championnat… très longue…12 ans ! Toulouse est même provisoirement relégué lors de la saison 1977-1978 avec sa 16e place en D2. Mais le club peut compter sur les déboires du Red Star FC, rétrogradé administrativement, suite à un dépôt de bilan.
Ironie du sort ! La fusion du TFC au Red Star, a permis sa promotion en 1967, son dépôt de bilan permet ensuite à Toulouse de se maintenir en 1978. Deux clubs dont le destin est étroitement lié…

Le TFC rejoint, finalement, la D1 lors de la saison 1982-1983, grâce à son titre de champion de D2.

Les « Violets » parviennent, ensuite, à se hisser rapidement à une quatrième place de D1 lors de la saison 1985-1986 , synonyme de qualification à la coupe UEFA. Pour sa première participation à la compétition, le club rencontre un adversaire en plein ascension : le SCC Naples.

Car il ne faut pas s’y méprendre. Si le Napoli est bien un grand club, il lui manque ce petit élément qui permet de passer un cap : les trophées.

Naples n’a en effet jamais remporté le Scudetto (trophée de champion d’Italie). A son palmarès que 2 coupes d’Italie (1972 et 1978), équivalent de la Coupe de France, un trophée de champion de Série B en 1950, et quelques coupes amicales.

Rien de vraiment concluant. Cette situation ne convient plus aux dirigeants et supporters du club napolitain, qui subissent les moqueries des cadors de l’Italie du Nord. En 1984, Naples va donc s’offrir les services de l’argentin Diego Maradona, afin de pouvoir lutter contre le rival historique : la Juventus de Turin et sa star Michel Platini. L’argentin, qui sort de deux saisons compliquées au FC Barcelone, est recruté pour la somme record de… 12 millions de dollars !

Si l’on compare les dix saisons précédant cette année 1986, la Juventus a remporté 6 fois la Scudetto, tandis que Naples stagnait majoritairement en milieu de tableau.

Mais l’arrivée de l’argentin suscite de nombreux espoirs. L’année précédente, le Napoli termine 12e ; puis 8e (1984- 1985), et enfin 3e lors de la saison 1985-1986. Une constante ascension de la part du club italien qui espère remporter un trophée pour la saison 1986-1987. Un espoir qui s’amplifie, après la coupe du monde 1986 qui se déroule au Mexique en amont de la saison.

Diego Maradona offre, en effet, à l’Argentine une nouvelle coupe du monde, dans une compétition qu’il survole grâce à son talent…et sa main. Dans les rues napolitaines se murmure l’idée que cette année est décidément la bonne, que cela soit à l’échelle nationale, ou européenne. Mais pour ça il faut battre son premier adversaire, Toulouse.

Si le Téfécé semble ne pas faire le poids face à son adversaire, il ne compte pas pour autant se laisser faire. Le club de la ville rose dispose également de prodiges argentins : Alberto Tarantini, champion du monde en 1978, et Beto Marcico.

Outre ses joueurs d’Amérique latine, le Toulouse FC peut compter sur ses joueurs internationaux: le français Yannick Stopyra qui s’illustre également lors la coupe du monde 1986 (3e place de la compétition) avec ses 2 buts, dont un en huitième de finale contre l’Italie, et le gardien de but Philippe Bergeroo.

Après un match aller plus que tendu, dans un stade de San Paolo en ébullition, les Toulousains repartent avec une défaite, mais sur le plus petit des scores (1-0).

Les napolitains se rendent en terre occitane pour conserver leur avance. Mais le match se déroule dans un Stadium des grands matchs, avec près de 35 000 spectateurs, l’ambiance est plus qu’électrique.
Par ailleurs, la venue du tout juste champion du monde Diego Maradona apparaît comme un évènement historique pour la ville.

La une de la dépêche du 1er octobre 1986 témoigne de l’engouement de la venue de Maradona à Toulouse.

Composition :

Toulouse : Bergeroo (cap.) – Lestage, Tarantini, Ruty, Tihy – Durand, Despeyroux, G. Passi (Espanol, 75) – Marcico, Stopyra, Bellus (Marx, 120) Entraîneur : Jacques Santini

Naples : Garella – Ferrario, Renica, Volpecina (Marino, 59), Bruscolotti, Ferrara – De Napoli, Bagni, Muro (Giordano 65), Maradona – Carnevale. Entraineur : Ottavio Bianchi

Le match débute bien pour les toulousains : entre les occasions de but et les sauvetages miraculeux de Bergeroo, le match est plus que tendu. Après un bel arrêt du portier toulousain sur Carnevale, le T.F.C contre-attaque. 15e minute, centre de Marcico au point de penalty, un défenseur napolitain la dévie. Le ballon arrive dans les pieds de Passi qui s’élance pour atteindre la balle.

Cette dernière est repoussée par le portier italien Bruscolotti, puis atterrit dans les pieds de Stopyra qui s’empresse de frapper. But ! 1-0 pour les « Violets ». La folie s’empare des joueurs et du Stadium.

Malgré les occasions napolitaines, les toulousains parviennent à conserver le score. A un Tarantini et un Tihy en chefs de la défense, qui parviennent à contenir le « messie » argentin, s’ajoute les belles performances offensives de Passi, Marcico et Stopyra.

A la fin du temps réglementaire et du temps additionnel, le score cumulé des rencontres est de 1-1. La qualification se décidera donc lors de la séance des tirs aux buts.

Malgré un premier penalty raté par Stopyra, les toulousains parviennent à prendre de l’avance : 4 à 3 pour le Toulouse FC. Le sort du match est alors dans les mains de Bergeroo qui voit s’avancer devant lui Maradona. Le génie argentin s’élance, frappe le ballon qui touche le poteau et rebondit sur la cuisse du portier toulousain. Le Toulouse FC est qualifié en 16e de finale !

Après cette défaite, Maradona confiera avoir « joué le plus mauvais match de ma vie ». Le Toulouse FC a donc mis un coup d’arrêt à une équipe napolitaine en plein ascension.

Cette dernière se rattrapera en remportant son premier Scudetto à la fin de la saison, ainsi que sa première coupe de l’UEFA lors de la saison 1988-1989. Ça montre bien le potentiel qu’avait l’équipe !
Un match mémorable qui a valu la une au Téfécé dans de nombreux journaux :

Une de l’Équipe
Une de La Dépêche
Une de France Football

Passi vite :

Cette victoire des toulousains leur offre une place en 16e de finale de la Coupe de l’UEFA. Ils y rencontrent le 22 octobre 1986 au Stadium le Spartak Moscou, avec ses internationaux Rodionov, le futur toulousain Khidiatouline et Dassaev, considéré comme l’un des meilleurs gardiens du monde à cette période. Il finit même 16e au classement du ballon d’or 1986 !

Le Spartak Moscou apparaît alors comme un colosse à abattre pour les toulousains. Le club russe enchaîne, en effet, sept podiums d’affilés à l’échelle nationale, le dernier titre de champion remontant à 1979. Et à l’échelle européenne ? Sur les sept années précédant 1986, le club a participé à six huitièmes de finale. Encore une fois, Toulouse fait face à un grand.

Mais il devra cette fois se passer de Marcico, blessé à l’entraînement d’avant match. Les « Violets » bénéficient, cependant, d’un atout de taille, qui va surperformer et se révéler lors de ce match aller : le jeune albigeois Gérald Passi.

Gérald Passi contre le Spartak de Moscou en 1986.

43e Passi ouvre le score sur une reprise de volée après un amorti, direction la lucarne gauche de Dasaev. Puis malgré une réduction du score par Rodionov (56e), Passi poursuit son exploit en doublant la mise à la 67e, puis en triplant sur une action individuelle spectaculaire (82e).

« Je pars du milieu, je m’enfonce droit devant, en éliminant tous les joueurs de mes dribbles un peu bizarres, pour aller battre Dassaev » se remémore Passi (pour son troisième but). « Un but à la Pelé » commente le tout juste député de Haute- Garonne, Lionel Jospin, après le match.

Un match dont Gérald n’est pas près d’oublier !

Il fait partie des matchs exceptionnels. Mon premier but est extraordinaire. Je suis au-delà des 20 mètres, le ballon m’arrive sur un corner, amorti de la poitrine, volée dans la lunette de Dasaev. Magnifique !

Se confie Passi.

Après cette belle avance, les toulousains se rendent au stade Lénine à Moscou dans l’espoir de se qualifier au tour suivant. Mais les conditions ne sont pas en faveur du Téfécé : -17° C à Moscou, un stade de 70 000 personnes haranguées par Dassaev avant le début du match. De quoi faire une mauvaise entame de match.

Mais le défenseur toulousain Durand vient refroidir les Moscovites en marquant dès la 6e minute de jeu.

Un but que Toulouse a marqué « trop vite » pour l’entraîneur Jacques Santini. Les
« Violets » subissent, en effet, le syndrome du but d’entrée de jeu, qui joue finalement en leur défaveur. Les russes se réveillent et deux minutes plus tard Rudakov égalise.

Les français, pris par la grandeur de l’évènement, sortent de leur match, et encaissent les buts à la volée. 17e but de Rudakov. 49e but de Radianov. 78e penalty transformé par Novikov. 89e doublé de Novikov. Score final 5-1 et élimination du TFC.

Une nouvelle remontada subie par le club toulousain… Mais cela n’enlève rien à leur performance ! Les Violets découvrent juste la compétition, en cette année 1986, et font face à des habitués de la coupe. Par ailleurs, Toulouse réitère sa performance en championnat, en finissant sur la dernière place du podium de D1. Une 3e place qui luir offre un nouveau ticket pour l’Europe pour la saison suivante!

Prochain Épisode : 1987- Salut l’Europe, c’est encore nous! #3 le Téfécé et l’Europe

Cet article reviendra sur le parcours des Violets lors de la Saison 1987-1988, où ils rencontreront le Panionos d’Athènes et le futur vainqueur de la compétition le Bayer Leverkusen.

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