LE TEFECE ET L’EUROPE #5: 2009

Après une saison 2007-2008 chaotique, même si pleine d’émotions, Toulouse a la lourde tâche de se relever. Malgré un effectif drastiquement remanié, le nouvel entraîneur Alain Casanova parvient à hisser l’équipe à une quatrième position, offrant par la même occasion le premier barrage de Ligue Europa de l’histoire du club. 

Un nouveau souffle”

Tout le monde se souvient de cette saison 2007-2008: un tour préliminaire de Ligue des Champions contre Liverpool, un retour à la compétition européenne après 20 années d’attentes, et des joueurs de légendes. Mais les résultats sont quant à eux “catastrophiques”. A ses mots, on perçoit bien le mécontentement du président Olivier Sadran. Il résume ainsi l’année:

Dix-septième, ce n’est pas la place du Téfécé. […] Le foot est une alchimie qui se génère avec des hauts et des bas; la saison dernière, on fait un championnat cohérent assorti d’un concours final de circonstances exceptionnelles (ndlr: une troisième place obtenue à la dernière journée).  Mais quand on est en surrégime, on finit toujours par le payer… En coupes nationales, le bilan est carrément cataclysmique (ndlr: élimination en 32e de finale de la Coupe de France contre le Paris FC, alors en National, et en 16e de la Coupe de la Ligue contre le Stade Malherbe de Caen). En UEFA, on a été incapables de gagner une seule rencontre sauf le dernier match mais qui était en bois.”

Olivier Sadran

Il ajoute, par ailleurs: “ On vient de faire notre plus mauvaise saison depuis 2001, après deux montées et un tour préliminaire en Ligue des Champions. Pire, la vie du club et du vestiaire a été à l’image des résultats: catastrophiques, je le répète. Il y a eu une dizaine d’altercations dans le vestiaire cette saison, contre zéro avant, y compris jusqu’au centre de formation entre éducateurs! Cette façon de vivre ne correspond pas au club, elle ne ressemble pas à ce qu’on veut faire. Je veux garder un groupe en vie et un groupe sain.” 

Dès lors, le maître mot, à l’aube de la saison 2008-2009, est « changement ». Et cela débute par le staff. Élie Baup est démis de ses fonctions, remplacé par son adjoint Alain Casanova. Celle-ci s’accompagne d’un nouvel entraîneur adjoint, Thierry Uvenard, ancien manager du Havre Athletic Club, et d’un nouvel entraîneur des gardiens, Christophe Gardié. Dominique Arribagé rejoint la cellule de recrutement du club juste après avoir pris sa retraite sportive. L’équipe change aussi drastiquement. On dénombre le départ de 14 joueurs, dont 7 cadres de l’effectif: le gardien de but Nicolas Douchez; les défenseurs Arribagé et Ilunga (prêt); les milieux Dieuze, Battles et Emana; et enfin le départ du meilleur buteur toulousain de la saison Johan Elmander. 

Le discours, précédant la saison, est alors logiquement pessimiste. D’autant plus qu’aux niveaux des arrivées, les choix ne font pas l’unanimité. Pour combler le départ de Douchez, Toulouse recrute le gardien remplaçant de l’OM: Cédric Carrasso qui n’a pas joué depuis 10 mois suite à une blessure au genou. Pour remplacer Elmander, la confiance est donnée à Gignac, auteur de deux buts la saison précédente, ainsi que des recrues Daniel Braaten, un seul but en six matchs l’année précédente, et Sören Larsen, un danois aux deux saisons sans but avec Schalke. L’une des seules garanties, est le recrutement du breton Etienne Didot. Néanmoins l’ancien capitaine du Stade Rennais perdit sa place de titulaire au cours de l’année précédant son arrivée.

Mais contre toute attente, ce renouvellement et cette jeunesse insufflent un “nouveau souffle” au sein de l’équipe ,selon les mots du milieu Pantxi Sirieix. Les Toulousains réalisent alors une saison grandiose. Une quatrième place au classement de Ligue 1, le titre de meilleure défense du championnat (seulement 27 buts encaissés), ainsi que de meilleur buteur de Ligue 1 pour André-Pierre Gignac avec ses 24 réalisations. On peut ajouter à cela une épopée en Coupe de France, qui se termine tristement en demi-finale à domicile contre la L2 de l’En Avant de Guingamp. Et surtout une possibilité de participer à une nouvelle compétition…la Ligue Europa, anciennement coupe de l’UEFA, mais seulement si le club parvient à passer les barrages.

Le retour des feuilletons 

Malheureusement, qui dit belle saison, dit dévalisé lors du mercato. Et encore une fois l’été précédant le barrage est particulièrement agité. Au cœur du feuilleton de l’été: André Pierre Gignac, meilleur buteur de L1, la saison passée. L’Olympique Lyonnais est le principal intéressé dans l’affaire. Après la vente de Karim Benzema au Réal de Madrid, le club rhodanien cherche un nouvel attaquant.  Mais ces derniers font face à un refus catégorique du président Sadran. L’attaquant toulousain n’est lui pas aussi affirmatif. Il envisage même que “sa progression passe par Lyon”. Le 10 juillet, il témoigne à l’Equipe:

Moi j’envisage d’aller à Lyon. Pour moi, c’est le plus grand club de France, présent chaque année sur la scène européenne. J’ai vraiment envie d’essayer de jouer le titre, de jouer la Ligue des Champions.”  

André-Pierre Gignac

Sans pour autant fermer la porte à un avenir à Toulouse, il fait savoir sa volonté de rejoindre le club lyonnais. Quelques jours plus tard, le buteur toulousain est même noté absent de quelques entraînements, avant de réapparaître pour un match de préparation. Sadran reste sur sa ligne, Gignac sera toulousain l’année prochaine, allant jusqu’à refuser des offres de 15 millions, un montant record pour le TFC à l’époque. L’affaire s’épuise progressivement, avant de s’éteindre par le recrutement de Bafé Gomis à Lyon, et une déclaration de “Dédé” Gignac:

J’avais besoin de réfléchir, mais à aucun moment je n’ai eu l’envie d’aller au clash. Ça n’aurait servi à rien et j’aime trop Toulouse pour ça. C’est avec ce club que j’ai découvert l’équipe de France. Je sais ce que je lui dois. Je sais aussi que ce n’est pas un frein à ma carrière.”

André-Pierre Gignac
André-Pierre Gignac contre Lyon, le 26 septembre 2009

Et qu’en est-il du reste de l’équipe? Sadran parvient à conserver ses pitchouns Moussa Sissoko , et Etienne Capoue, auteurs tous les deux d’une belle saison. D’autres joueurs majeurs quittent néanmoins le navire : Jérémy Mathieu (Valence), ainsi que le gardien Cédric Carrasso, qui rejoint les Girondins de Bordeaux. Le président toulousain tente de conserver son portier par tous les moyens, mais en vain Carrasso souhaite rejoindre le club bordelais. Il ira même jusqu’à financer une partie de son transfert. Voici ce que dernier dit au sujet de son départ, sur la chaîne Youtube Colinterview :

«  je décide d’aller voir Olivier Sadran avec mon agent, et il me dit ‘qu’est-ce que vous voulez ? J’imagine que vous voulez prolonger avec la saison qu’il a fait le petit ?’ Je lui dis que moi je veux partir […] et qu’il ne va pas être content de la destination…c’est Bordeaux : ‘Ah non ne commencez pas avec Bordeaux. Non tu ne pars pas, c’est comme ça. J’augmente ton contrat de 20 %’ Non, on était pas occupé de gratter ‘Je t’augmente de 30 %…’ Mais on était pas du tout venus dans cette optique, au contraire on était presque gênés…’ C’est bon je vous ai compris, je t’augmente de 50 %.’ Cette discussion dure 15 minutes… ‘Bon je t’augmente de 100 %, avec une énorme prime à la signature, ça te va ?’ […] Ce n’était pas du tout mon but à ce moment là. Mon avenir se construisait sportivement. »

Cédric Carrasso
Interview de Cédric Carrasso sur son départ de Toulouse @Colinterview

Pour pallier à ce départ, Toulouse recrute le gardien de but du Mans UC 72, Yohann Pelé, qui était courtisé par les Girondins de Bordeaux. Il refusa les girondins dans l’espoir d’avoir des offres d’Angleterre. Sans réponse, les Bordelais se tournent alors vers le portier toulousain Carrasso, et Pelé rejoint finalement le Téfécé pour le remplacer. Les deux clubs vont même opposer leurs gardiens, puisqu’ils se rencontrent pour le premier match de préparation ! Malheureusement, Yohann Pelé se blesse à la main, le rendant indisponible jusqu’à la mi-septembre. Sacré feuilleton…

La première Ligue Europa

Pour atteindre la phase de groupe de ligue Europa, les Toulousains doivent tout d’abord passer les barrages. Face à eux, le Trabzonspor, un club turc habitué de la coupe d’Europe. A son palmarès, six titres de champion, sept coupes de Turquie, et sept Supercoupe. En Europe, ce n’est pas moins de 80 matchs de coupe disputés: 20 en C1, 12 en C2 et 40 en C3. Néanmoins, sur les dernières années, le club se heurte aux phases préliminaires/ et barrages des compétitions. Les 5 dernières années, le Trabzonspor a constamment participé aux barrages sans jamais atteindre la phase de groupe – ou dans le cas de la Coupe UEFA, ils rament à passer le 1er tour – . La qualification semble donc à la portée des toulousains.

Et il le démontre dès le match aller ! Malgré un déplacement dans l’enfer Turc du stade Avni Aker, les Violets entament bien la rencontre. André-Pierre Gignac ouvre le score à la 12e minute, sur l’un de ses premiers ballons. Même si les Turcs parviennent à se ressaisir et à égaliser à la 16e minute, les toulousains ont pris l’ascendant, et imposent leur rythme. A l’heure de jeu, Gignac double la mise (58e). Le Trabzonspor lâche progressivement le match. A la 86e, le milieu de terrain Engyn Baytar est expulsé, permettant ainsi au toulousain d’ancrer un peu plus leur domination. Mansaré, en profite pour faire le break (90e).

Toulouse est alors pratiquement sûr de se qualifier pour la phase de groupe de la Ligue Europa. Sur près de 178 matchs précédents, toute compétition confondue depuis la saison 1970-1971, 98 % des équipes se sont qualifiés après avoir gagner 3-1 à l’extérieur à l’aller.

Au retour, les Toulousains maîtrisent bien leur match. Sans véritablement prendre de risque, nos Violets parviennent à conserver leur avantage. Les Turcs eurent un court regain d’espoir, après avoir délivré le seul but de la partie sur un tir non cadré, dévié par Nounkeu dans son propre but (56e). Le score en reste ainsi, et malgré la défaite, Toulouse se qualifie pour la phase de groupe de la Ligue Europa.

Ce dernier est composé du Shakhtar Donetsk, second du championnat ukrainien et vainqueur de la dernière Coupe de l’UEFA, le Club de Bruges, troisième du championnat belge, et le Partizan Belgrade, vainqueur du championnat serbe ainsi que de la coupe de Serbie.

Avant d’entamer son premier match contre le Partizan Belgrade, Toulouse est sûr une dynamique mitigé: 1 victoire (3-1 contre Saint Etienne), 2 nuls (contre Nancy et Lille) et 2 défaites (contre Monaco et Valenciennes). Par ailleurs, le club perd quelques joueurs en amont de la rencontre. Ebondo se retrouve suspendu et est également victime d’une entorse à la cheville, Fofana, blessé, n’a plus joué depuis le barrage aller contre le Trabzonspor, Mauro Cetto, s’est lui fracturé une clavicule, la veille, à l’entraînement.

Mais outre ces aléas, Toulouse semble surtout se concentrer sur le championnat et ne pas faire de l’Europa une priorité. Il suffit d’observer la feuille de match…

Partizan Belgrade: Bozovic – Knezevic (Stevanovic 46e), Djordjevic (cap.), Gavrancic (Tomic 51e), Krstajic – Ilic (Cleo 62e), Petrovic, Fejsa, Lomic – Moreira – Lam. Diarra. Entraîneur: G. Stevanovic

Toulouse: Pelé – Congré, Capoue, Nounkeu, M’Bengue (Machado 75e) – Berson – Devaux (Braaten 65e), Sissoko, Sirieix (cap.), Tabanou – Pentecôte (Gignac 61e). Entraîneur: A. Casanova

Machado, Braaten, Didot et Gignac débutent sur le banc, tandis que Etienne Capoue comble l’absence de Cetto en défense centrale. C’est donc une défense complètement inédite qui est aligné pour ce premier match de poule. Et même si elle résiste bien durant le premier quart d’heure, elle encaisse finalement un but sur une tête de Krstajic (1-0, 23e).

Mais les Toulousains ne cèdent pas à la panique, et se ressaisissent rapidement. Siriex revient au score: contrôle orienté qui fait tourner la tête deux défenseurs centraux, puis un face à face remporté contre Bozovic (1-1, 30e), voilà Toulouse de nouveau dans la course.

Le capitaine des Violets ne s’arrête pas là, puisque 8 minutes plus tard, il hérite d’un ballon involontaire aux 20 mètres, duquel il décroche une frappe et parvient à tromper le portier adverse (1-2, 38e). En inscrivant le premier doublé de sa carrière, Siriex donne l’avantage à Toulouse. Le milieu de terrain Antoine Devaux creuse l’écart au retour des vestiaires (49e). Malgré une réduction du score à 2-3, le Toulouse FC remporte son premier match dans la compétition.

Brice, on ne t’oubliera jamais

Hommage à Brice Taton au Stadium après la rencontre face à Bruges 2-2

Un premier match, une victoire. Mais le résultat est noirci par les évènements s’étant déroulés à l’extérieur de l’enceinte du Stade du Partizan. Car parler de 2009, s’est nécessairement évoquer celui qui porte désormais le nom de notre virage: Brice Taton.

Membre des Indians Tolosa, Brice Taton s’était déplacé avec ses compagnons pour ce match européen. Mais le supporter toulousain, alors sur la terrasse d’un café de Belgrade, est violemment agressé, en amont du match, par des hooligans serbes. Une quinzaine de Serbes, armés de barre de fer, batte de base-ball et chaîne vélo, s’en prennent au groupe de supporters toulousains qui avaient pris l’habitude de se retrouver dans ce bar où ils avaient sympathisé avec le patron.

L’homme de 28 ans, tabassé, avait été jeté au pied d’escaliers et fait une chute de quatre mètres. Grièvement blessé à la tête et au thorax, Brice est placé dans le coma. Douze jours après l’agression – le 29 septembre -, le Centre médical de Belgrade annonce la nouvelle de sa mort. Un drame pour tout un groupe, tout un club et toute une ville, qui se retrouve en deuil.

Un tunnel sombre

Après cette première victoire face au Partizan Belgrade, les toulousains connaissent des difficultés dans la compétition. Le club de la ville rose enchaîne un nul face aux belges du Club Bruges KV (2-2), ainsi que deux défaites logiques contre le Shakhtar Donetsk (4-0; et 0-2), alors tenant en titre. Pour autant le club de la ville rose performe plutôt bien en championnat durant la même période. Entre la 11e et 15 journée (octobre – novembre), le TFC se situe même dans la première moitié de tableau. Mais en Europe, les résultats sont eux moins enthousiasmant. 3 matchs d’affilés sans victoire. Les deux derniers matchs s’avèrent alors décisif pour la suite du championnat

« La situation du Téfécé dans le groupe J est bien plus périlleuse: il se retrouve troisième à 3 points du FC Bruges, qui a gagné au Partizan Belgrade (4-2). Mais les Toulousains contrôlent tout de même leur destin: s’ils gagnent leurs deux derniers matches, contre le Partizan et à Bruges, ils franchiront ce tour. »

La dépêche, 5 novembre 2009: « Europa League : Lille et Toulouse battus, mais pas perdus »

Un espoir de courte durée…

L’espoir renaît pour les toulousains. Ces derniers ont l’opportunité de poursuivre la compétition. Mais les conditions sont restreintes. Il faut que Toulouse remporte son match et qu’en même temps Bruges soit défait. Toulouse accueille pour cette cinquième rencontre, le Partizan Belgrade, dernier du groupe et éliminé de la compétition. Le capitaine toulousain résume parfaitement la situation à quelques jours du match:

« Le plus simple serait de gagner, comme cela, on n’aurait pas de questions à se poser pour la suite ».

Pantxi Sirieix

Cependant la tâche ne s’annonce pas aisée. Il suffit de jeter un œil à l’effectif pour comprendre. Outre le fait que le TFC n’a remporté aucun match à domicile dans cette compétition, l’effectif se trouve bien allégé. Quelques cadres sont blessés depuis plusieurs semaines: Cetto, Pelé, Pentecôte, Mansaré et Devaux. A cela s’ajoute les forfaits de Congré et Fofana. Didot et Gignac n’ont eux repris l’entrainement que la veille du match. Dès lors Casanova se dirige vers un grand turnover dans l’effectif. A la pointe de l’attaque se trouve par exemple Ahmed Soukana (19 ans), qui ne dépasse pas les 10 minutes en Ligue 1. L’entraîneur toulousain tente malgré tout de rassurer avant la rencontre:

« Je ne veux pas parler d’un groupe amoindri. Il est hors de question
de s’apitoyer sur notre sort. Nous avons des absents mais un groupe de qualité. On a beaucoup de forces vives. C’est par un collectif fort et non par une somme d’individualités que nous ferons front, comme nous l’avons fait jusqu’à présent. »

Toulouse FC: Blondel– Ebondo, E. Capoue,Nounkeu, Mbengue– Berson– Braaten(Ngadi, 83e), Sirieix (cap.), Machado, Luan (Tabanou, 72e) – Soukouna.

Toulouse réalise cependant l’exploit, et ce malgré son équipe affaibli. Il remporte son match 1-0 grâce à un but de Braaten (54e). Un résultat logique au vu du match. Quelques frayeurs tout de même en fin de match avec une tête de Washington qui flirta avec la cage de Blondel (85e). Cependant pour l’Equipe, «  il aurait été sans doute illogique que les trois points échappent aux Toulousains tant ils avaient pris ce match par le bon bout, avec sérieux et application ».

Le TFC doit donc s’imposer à Bruges s’il souhaite poursuivre l’aventure en seizième de finale de la Ligue Europa. Les belges ont fait l’exploit de faire un nul face au Shakhtar Donetsk.

Classement de la poule avant le dernier match

Le 16 décembre, les Toulousains seront fixés sur leur sort. La rencontre se déroule sur la pelouse gelée du Jan Breydelstadion. Bien que le match est serré, les Violets manquent d’occasion. Mis à part une remarquable demi-volée de Machado en première mi-temps (17e). Le score reste nul durant une bonne partie du match.

Les Brugeois viennent néanmoins solder l’élimination des toulousains dans les arrêts de jeu. Perisic, alors déjà buteur dans le temps additionnel au match aller, vient inscrire un nouveau but à la 92e minute. Un coup de grâce pour les Violets, définitivement éliminés de la compétition. Retour au championnat pour nos Toulousains, qui finiront 14e à la fin de la saison. Ce passage en Europe est le dernier pour les Toulousains… du moins jusqu’à une certaine saison 2023-2024 qui voit le retour du TFC en Ligue Europe.

Le jour où Strasbourg a tenté de nous plumer…

Le 4 avril 1953, le Toulouse Football-Club se déplace à la Meinau pour disputer un match choc de Deuxième Division. Mais si ce match est mémorable, ce n’est pas tant pour son résultat, que pour ses évènements extra-sportifs. Retour sur le jour où Strasbourg a tenté de nous plumer (Jeanne-Marie)…  

53Fi6371 Foot. TFC [Toulouse Football Club Cercle Athlétique de Paris] Stadium municipal de Toulouse, 1 bis allées Gabriel Biénès. 24 mai 1953. Vue de l’équipe toulousaine et de sa mascotte l’oie Jeanne-Marie.

Une rencontre pour la montée

Lors de la saison 1952-1953, le TFC est en restructuration. Après les déboires des deux années précédentes – descente en D2 en 1951, une 12e place l’année suivante, des finances au plus bas, et si cela ne suffit pas des divisions au sein de la présidence – le choix du changement est fait. M. Puntis, ancien trésorier du club, prend la tête du club. L’entraîneur de l’époque, Edmond Enée est démis de ses fonctions, remplacé par l’ex-entraîneur strasbourgeois, Charles Nicolas. Ce dernier venait tout juste d’être licencié de son ancien club, suite à sa rétrogradation en D2. 

1958-1959: René Pleimelding (à gauche), discutant avec le président Puntis (à droite).

L’objectif du club pour la saison est simple: remonter en première division. Et pour y parvenir, il peut compter sur des joueurs talentueux. Le portier Rouxel s’occupe de garder les cages, avec devant lui, le défenseur René Pleimelding – futur capitaine lors de la victoire en coupe de France en 1957 -, le milieu de terrain Pierre Cahuzac et la triplette offensive: Abdelhamid Bouchouk, Bror Mellberg – international suédois, qui finira meilleur buteur à la fin de la saison avec 27 buts – et le Finlandais Rytkonen. Une équipe qui ne masque donc pas ses ambitions !

Pierre Cahuzac, joueur de champ du TFC de 1952 à 1961 avec plus de 300 matchs, puis entraîneur des Violets de 1979 à 1984.
Equipe du TFC de l’époque

Lors de la 27e journée de championnat, Toulouse rencontre Strasbourg. Les deux clubs sont alors premier ex-aequo, avec à leurs comptes 44 points, en 20 victoires,4 nuls et 3 défaites. Une égalité parfaite. Le match a la dimension d’une finale, puisque celui qui remportera le match prendra une bonne avance pour le titre de champion de D2. Pour l’occasion, trois cars de supporters toulousains font le déplacement à la Meinau. 

Un match choc, ou le choc du match ? Résumé d’une rencontre clownesque:

Le match débute fort. Sûrement trop fort, puisque l’arbitre de la rencontre M. Tordjmannretenez bien son nom, il va revenir souvent ci-dessous- se blesse au bout de 15 minutes de jeu. Sa gêne à la jambe ne lui permet pas de suivre correctement le déroulé de la rencontre. Malgré tout, il poursuit l’arbitrage… en boitant certes, mais il le poursuit ! 

Toulouse continue d’attaquer, Mellberg entre dans la surface et chute. M. Tordjmann siffle penalty pour Toulouse. Si pour certains l’attaquant toulousain a malencontreusement frappé le sol, causant donc sa chute; pour d’autres – c’est le cas de l’arbitre central, pour notre plus grand bonheur – le défenseur strasbourgeois Krug est à l’origine de la faute. Léon Rossi transforme le penalty et ouvre le score pour Toulouse. 

53Fi6373 Foot. TFC [Toulouse Football Club Cercle Athlétique de Paris] Stadium municipal de Toulouse, 1 bis allées Gabriel Biénès. 24 mai 1953. Vue d’une action de jeu lors du match entre le Toulouse Football Club et le Cercle Atlantique de Paris

Peu de temps avant la pause, Krug se rattrape en égalisant. Mi-temps; les deux équipes sont renvoyées au vestiaire sur un score nul. Un temps de repos qui va être l’occasion pour M. Tordjmann de se soigner. Des soins qui s’avèrent nécessaires, puisque le match va être interrompu… une trentaine de minutes. De quoi remettre sur pied l’arbitre central…mais surtout de faire monter la tension…

Au retour de la pause, Mellberg redonne l’avantage à Toulouse (2-1). Les Strasbourgeois poussés par leur public vont se créer des occasions. Ils vont même égaliser une première fois, avant que l’arbitre ne le refuse pour une main. Puis quelques temps plus tard, M. Tordjmann annule à nouveau un but des alsaciens, qui selon lui ne serait pas rentré dans les cages. Aussitôt le public strasbourgeois fait ressentir son mécontentement. Entre envahissement de terrain, jets de bouteille, bagarre de joueurs…. Tout le monde y passe! L’arbitre est alors amené dans un car de police dans lequel il reste jusqu’à 22h. Le temps que les forces de l’ordre éloignent les supporters qui l’attendent à la sortie. 

Le public, tout comme le dirigeant strasbourgeois M. Scheuer, s’empresse alors de remettre la faute sur l’arbitrage: “Les sacrifices que nous avons faits pendant une saison entière ont été inutiles par la faute d’un arbitrage partial. Le but de Carré était parfaitement valable.”   

Certains journalistes sportifs, tels que Louis Naville de Paris-Presse, soulignent quant à eux que les fautes commises par l’arbitre eurent un impact pour les deux camps. Un penalty aurait notamment dû être octroyé à Toulouse, mais n’a pas été sifflé. Bref un match clownesque qui va se poursuivre dans les vestiaires…

Les dirigeants ont eux aussi leurs petites bagarres. Le président toulousain avait amené en signe de présent, une oie vivante: celle que l’on surnomme “l’oie Jeanne-Marie”. Mais, au vu du résultat, le dirigeant alsacien s’emporte et décoche un coup de pied dans la volaille, ce qui lui fait perdre quelques plumes… M. Puntis décide alors de la ramener à Toulouse. Les Toulousains laissent donc quelques plumes à Strasbourg, mais parviennent à ramener le plus important: les 3 points (ou plutôt les 2 points à l’époque), signe d’un bon pas pour la montée, ainsi que l’oie Jeanne Marie, bien vivante.

L’oie, un symbole régional qui devient une mascotte toulousaine

Après l’événement face à Strasbourg, l’oie Jeanne-Marie est rapidement érigée comme mascotte du club. Elle est présentée aux matchs, puis à sa mort est empaillée où elle trône au siège du club. 

Mais derrière cette péripétie, le choix de l’oie comme mascotte du club s’explique aussi par tout un folklore régional. L’oie constitue un véritable symbole du Sud-Ouest, et notamment de la région toulousaine. Dès le XVIIIe siècle, elle est utilisé comme moyen d’offrande par les élites nobiliaires du Sud-Ouest. L’élevage d’oie est alors caractéristique du toulousain durant une longue période, mais celui-ci va plus particulièrement s’affirmer au XIXe siècle avec la résurgence du foie gras. L’oie de Toulouse, une espèce issue des environs de la ville, fait alors la renommée de la région à l’échelle internationale, pour son usage dans la production de la spécialité culinaire. Le XIXe siècle est un moment privilégié d’affirmation de la cuisine régionale simultanément à celle des identités de chaque province. A l’échelle nationale, mais aussi internationale, l’élevage de l’oie est retenu comme un symbole et une spécificité de la région du toulousain. Par exemple, l’auteur politique Louis Sébastien Mercier dans son article « Gourmand » du Tableau de Paris, rend compte des aliments qui font la réputation gastronomique des provinces:

« S’il vous parle, il ne vous entretient que des dindes aux Truffes du Périgord, des pâtés de foie gras de Toulouse... »

Louis Sébastien Mercier, 1781

Par ailleurs, dans le conflit autour de la ville d’origine du Cassoulet, la spécificité de Toulouse, par rapport à Castelnaudary et Carcassonne, se situe dans la surenchère de confie d’oie à la préparation [Rambourg, 2013]. La production et l’élevage de l’oie est même reconnu à l’échelle mondiale. Le prince allemand Pückler-Muskau décrit en 1836 son plaisir de découvrir la France:

« Pays aux romantiques beautés, le pays des truffes et du vin de Bordeaux, des cailles et des ortolans, des truites et du poisson de mer, des terrines de Nérac et des pâtés de Toulouse »

Le Prince allemand Pückler-Muskau, 1836

L’oie devient donc un véritable symbole de la région à l’échelle nationale et internationale. Par ailleurs, on retrouve l’oie sur de nombreux blasons de communes de la Haute Garonne: Fronton, Buzet-sur-Tarn, Pinsaguel, Martres-Tolosane, Montberon.

Blason de la ville de Fronton

Dès lors, le caractère symbolique de l’oie dans la région, ainsi que l’évènement de Jeanne-Marie à Strasbourg, participe à faire de l’oie un véritable emblème du club. Dès les années 1950 et 1960, l’oie orne de nombreuses représentations du TFC, comme des calendriers ou des affiches. Avec la mort du club en 1967, celle-ci disparaît, avant d’être réhabilitée dans les années 1980 et 1990 (cf. l’écharpe ci-dessous). Olivier Sadran tentera d’en faire à nouveau la mascotte du club, mais en vain… L’oie a aujourd’hui disparu des représentations iconographiques du TFC, mais malgré tout Jeanne-Marie a laissé sa pierre (ou plutôt sa plume) à l’édifice de l’histoire du TFC.